11 avr. 2010

En avril, ne te découvre pas d’un fil

Bon, je tiens en premier lieu à rassurer tout le monde, je ne risque pas d’être attaquée par un ours polaire, voilà la photo de celui aperçu à proximité de la base…


Il s’agissait d’un poisson d’avril, bravo à tous ceux qui s’en sont aperçu ou qui ont eu un doute, et désolée pour les autres, ceux que j’ai dupés… Allez, on récapitule : hémisphère sud, Antarctique, manchots ; hémisphère nord, Arctique, pingouins, ours polaires. Facile, non ?

La banquise a mis du temps à se reformer. En effet, nous avons juste eu le temps de savourer ces premières foulées sur l’étendue gelée, et notre chère banquise est repartie. En ce début d’avril, nous avons eu un avant-goût des tempêtes qui seront les nôtres cet hiver. Des vents violents (avec des pointes à 180 km/h), du chasse-neige faisant descendre très bas la visibilité, des températures bien fraîches… De quoi me ravir, nous y sommes ! La neige très fine s’infiltre partout, dans le moindre petit trou laissé entre les vêtements (attention à ne pas laisser de poche ouverte !)… Se rendre au labo devient une aventure, mais à quoi bon ? La base fonctionne au ralenti, on traîne au salon, on attend que ça passe en regardant les congères se former…

Au bout de la Croix Prud’homme, un jour de tempête

Nous avons donc dû patienter encore une dizaine de jours avant de pouvoir à nouveau gambader sur la banquise. Les empereurs, eux, ne s’en sont pas formalisés. Banquise solide ou non, ils continuent d’arriver tranquillement, par petits groupes ou par grandes colonnes. Ils se rassemblent par centaines sur ce que nous pouvons désormais nommer la manchotière. Très curieux, ils s’approchent parfois très près de nous lors de nos balades. Fantastiques rencontres.

La manchotière, très mobile à cette période de l’année

Pancakes de la banquise en formation, derrière nous apercevons la base

Les Adélie sont tous partis depuis quelques jours. L’île paraît maintenant bien silencieuse. Les petits teigneux me manquent déjà. Les autres oiseaux ont eux aussi quitté l’île, seuls quelques skuas retardataires ou pétrels géants sont parfois encore aperçus.

Un coucher de soleil sur le continent

J’ai donc fêté mes 27 ans en Antarctique, sans nul doute mon anniversaire le plus original… Et le plus inoubliable ! Comme il est de tradition, j’ai lâché le ballon météo quotidien, été l’invitée de l’émission quotidienne de Skuarock, et choisi le menu du soir. J’ai reçu de nombreux cadeaux made in DDU, clins d’œil à tout ce que nous vivons ici… S’en est suivie une chouette soirée, jusqu’au bout de la nuit.
Inoubliable, vous dis-je !

Juste avant mon lâcher de ballon météo

Au moment d’un lever de soleil, vers 7h30

Mirages sur l’horizon : les bergs semblent en lévitation

J’en ai fini de vous parler des oiseaux se reproduisant en été sur l’archipel de Pointe Géologie; je m’en vais donc démarrer une nouvelle chronique : « Idées reçues sur l’Antarctique ». Car avant de venir ici, j’en ai entendu des clichés ! Je vais donc dans les semaines à venir m’attaquer à la lourde tâche d’en démonter quelques uns…

Idée reçue n°1 : il y a des ours polaires en Antarctique.
Vous le savez maintenant tous, il n’y a pas d’ours polaire en Antarctique. D’ailleurs, il n’y a pas de mammifère terrestre tout court (hormis l’homme, qui n’est pas vraiment une espèce autochtone…). Les seules espèces animales qui y vivent peuvent migrer et n’y restent pas à l’année. Au cœur de l’hiver austral, seul le manchot empereur s’y reproduit (mis à part le phoque de Weddell et les espèces uniquement marines). De plus, les animaux peuplent les zones côtières, en s’enfonçant de quelques kilomètres dans le continent, on ne voit plus beaucoup de vie, seuls quelques oiseaux s’y aventurent… Comme me le faisait judicieusement remarquer Joris avant mon départ et Philippe il y a quelques jours, il est facile de s’en rappeler : Antarctique viendrait du grec "anti" et "arktos" (ours polaire) ; autrement dit, l’endroit où il n’y a pas d’ours polaire.

Aurore australe particulièrement marquée

La plus belle aurore australe que j’ai vue jusqu’à maintenant. On peut observer un rayon vert, il s’agit du Lidar, un laser qui fonctionne uniquement la nuit par ciel dégagé et permet l’étude de la stratosphère et de l’évolution de l’ozone.

Aurore australe prise d’un autre point de vue, on voit toute la base et le laser du Lidar

3 commentaires:

  1. Marion,
    En avril ne te decouvre pas d'un fil, c'est aussi vrai en France actuellement.
    Toujours de superbes photos, et des commentaires très agréables à lire.
    Les initiés ne s'étaient pas égarés avec l'ours polaire....même en peluche...!!
    Pour le lacher de "Ballon" la concurrence est rude avec celui de JLE...Entre Nord et Sud...!!! mais c'est un joli souvenir.
    Bises
    Alain

    RépondreSupprimer
  2. Tête en l'air14 avril 2010 à 14:20

    Merci Marion pour ce rappel sur les ours polaires ! Une autre explication du nom du continent blanc est peut-être à chercher du côté des étoiles : l'Arctique au nord est dans la direction indiquée par les constellations des Grande et Petite Ourses, tandis que l'Antarctique se trouve dans la direction opposée...

    RépondreSupprimer
  3. Daniel Filliatre15 avril 2010 à 08:26

    Bonjour ou bonsoir,
    Superbes photos.
    Je suis un blogivore de la TA60 et devant les superbes photos des uns et des autres, Je pense à Marie, Nicolas, Jean Baptiste et vous. Vous devriez organiser un concours local de photos sur différents thèmes, faune, paysages, bergs, aurores, nuits étoilés, boulots? et nous faire partager le résultat. Y a vraiment des pros dans le groupe.
    Daniel, Père de Ben.

    RépondreSupprimer