11 déc. 2009

Bye bye la banquise !

Alors je vous avais laissé avec les manchots Adélie… Avant de parler des autres animaux présents sur l’île en été, laissez-moi vous parler de leurs voisins les hommes. L’Astrolabe est à moins de 100 km de la base et risque de ne pas pouvoir approcher d’avantage à cette rotation (R1). Les passagers vont donc être descendus par hélicoptère aujourd’hui, et la population de la base va quasiment doubler. D’après ce que nous ont dit les « anciens », le rythme va complètement changer. 5 hivernants de la 59 vont partir, et 21 hivernants de la 60 arrivent. Notre mission va donc devenir majoritaire, et si comme beaucoup nous redoutons l’augmentation d’activité de la base, il nous tarde également d’accueillir nos camarades et de partager avec eux nos premières impressions. Nous avons eu l’occasion de communiquer par mail avec 2 de nos futurs météo, la traversée a été difficile… Le bateau a quitté Hobart dans le mauvais temps et un vent force 9. Forcément, beaucoup ont été malades, et après un court répit le mauvais temps a repris… Hier les premiers hélicoptères nous ont amené le courrier, puis notre DisTA (chef de district) Marie-France, et notre cuisto Gurvan. Le midi au repas, c’était un peu la fête d’accueillir de nouvelles têtes ! Ce matin, nous avons aux aurores (enfin, façon de parler, parce que l’aurore en ce moment est quelque chose de plutôt virtuel) accroché une banderole devant la piste d’atterrissage de l’hélicoptère : « WELCOME HOME TA60 ».


Avec Marion et Marie devant Biomar

Sinon l’évènement de ces derniers jours est le début de la débâcle. Après une journée de mauvais temps la semaine dernière, une zone d’eau libre est apparue. Nous hésitions tout d’abord : était-ce réellement de l’eau libre, ou alors y avait-il une couche de glace sous une fine pellicule d’eau ? Rapidement la tendance s’est confirmée, la zone d’eau s’étendant de plus en plus et les bergs se mettant à bouger… En quelques jours, le paysage a été complètement modifié. Désormais, les zones de balades sont très restreintes, notre territoire de jeu se réduit de plus en plus.


Panorama pris derrière le 42 (dortoir). A peu de choses près c’est la vue que j’ai quand je me brosse les dents !


Paysage au bout de la piste du lion

Pour rester dans la météo, nous avons arrosé la semaine dernière un nouveau record : la première fois qu’il n’y a pas un seul jour de neige en novembre ! C’est François, le chef météo, qui a payé le champagne. Le lendemain 1er décembre, il neigeait… Ouf, on a failli rater le record !

En ce qui concerne les loisirs, beaucoup de choses à fêter ces derniers temps. Il y a eu la pendaison de crémaillère du dortoir été, entièrement refait à neuf cet hiver. Du beau boulot ! Nous avons également eu le droit à une soirée italienne, avec pizzas/pâtes et desserts à la carte, comme au restaurant ! Et puis comme ici aussi c’est la France, nous avons eu un discours officiel du DisTA pour la journée de commémoration du 5 décembre. Sinon l’équipe de Biomar ayant procédé à un déneigement de la terrasse, nous avons organisé hier soir un apéritif sur notre terrasse pour fêter ce gros boulot ! Chaque bureau a maintenant une vue magnifique sur la banquise (enfin, sur la mer…), à la place des congères qu’il y avait avant. Et la pause café sur la terrasse devient très sympathique… L’apéritif quand à lui a vite dégénéré en bataille de boules de neige… Les balades ont également été fréquentes ces derniers soirs, pour profiter de la banquise tant qu’il en est encore temps…


Après le boulot, la balade du soir (photo Marie)

Sinon pour répondre à la question de Claire concernant l’approvisionnement en eau et en énergie à DDU, l’eau de boisson et de lavage est de l’eau de mer dessalée par un bouilleur. L’énergie de la base est fournie par un groupe diesel. La base dispose en fait de 3 moteurs situés à la centrale, ainsi que d’un moteur de secours localisé dans un bâtiment différent (secours en cas d’incendie). Chaque moteur fourni 140 KW, mais un seul tourne, les autres ne fonctionnent que pendant l’entretien du premier, où s’il y a un problème. Il y a 24h/24 quelqu’un qui surveille le bon fonctionnement de la centrale. Le carburant est amené par bateau pendant l’été, et il y a suffisamment de stock pour tenir plusieurs années… En été, il faut surveiller la consommation d’eau pour ne pas dépasser les capacités de production. Et pour éviter que tout ne gèle, il y a un système de circulation de saumure au niveau des tuyaux d’évacuation d’eau. Voilà pour l’essentiel ! J’aurai l’occasion de préciser certains points par la suite…

Pour revenir un peu aux animaux, en Guyane je m’étais extasiée devant les traces que font les tortues luths dans le sable, quand elles gagnent la mer. Eh bien quelle ne fut pas ma surprise de découvrir ici la même chose… pour les manchots empereurs dans la neige !


Traces de tortue luth en Guyane


Traces d’un manchot empereur se déplaçant sur la banquise : la large trace du milieu correspond à son ventre, et les petites marques du côté aux ailerons sur lesquels il pousse pour avancer !

Voici également une photo d’un poussin empereur en pleine mue. Ils ont tous des têtes de punk, c’est à mourir de rire !


Poussin empereur en mue

Pour finir, voici la note humoristique de Cath. Cherchez l’intrus :)…



Je vous laisse, j’entends un hélico qui arrive, il faut aller aider à décharger…

30 nov. 2009

Comment appelle-t-on les habitants de la Terre Adélie ?

Les manchots Adélie, bien sûr ! Je ne peux rester plus longtemps sans vous parler de ces curieux énergumènes… car c’est grâce à eux si je suis ici aujourd’hui ! Il y en a 15 000 couples sur l’île des pétrels, et environ 40 000 pour tout l’archipel de pointe géologie (l’île des pétrels et les autres îles alentours). Ils nichent dans le moindre rocher, sous nos bâtiments, sous les passerelles, voire sur des blocs en béton ! Impossible donc de ne pas les voir, ils font partie du paysage. On les entend à longueur de journée et de nuit, leur odeur imprègne mes vêtements de travail, et l’on doit souvent faire des détours ou s’arrêter pour les laisser passer. Bref, ils sont partout !


Un Adélie en train de se reposer (posture typique)



En ce moment, ils sont en plein période de reproduction. Ils sont arrivés sur l’île fin octobre début novembre, un peu avant l’arrivée de R0. Ils se reproduisent pour la première fois vers l’âge de 4 ou 5 ans, et environ 70% des couples restent stables d’une année sur l’autre. La pariade dure environ 20 jours, les couples se forment et chantent. Ils construisent également leur nid, constitué de petits cailloux pour que l’œuf soit isolé du sol et de la boue/eau qui peut ruisseler.


Et un caillou de ramené pour le nid !


Couple d’Adélie chantant


Un Adélie en train de chanter (ça tient d’avantage du cri, c’est peu mélodieux…)

Puis ils pondent durant la deuxième quinzaine de novembre deux œufs, espacés de 3 jours. Les éclosions seront pour mi-décembre…


Un Adélie indécis, impossible de savoir ce qui se passe dans leur tête…


Œuf entre pattes et cailloux

Après la ponte, la femelle part se nourrir en mer durant une dizaine de jours, laissant au mâle le soin de couver l’œuf. Au final, le mâle se retrouve donc à jeûner une trentaine de jours pour assurer sa reproduction. C’est entre autre à ce phénomène que le programme sur lequel je travaille s’intéresse.


Grisou en train de couver (c’est une des stars de l’île car il a le plumage gris)

Pour l’instant nous sommes au moment du premier relais. Quasiment tous les couples ont pondu 2 œufs, et les premières femelles rentrent de mer. Le travail est donc plutôt prenant, car nous devons absolument faire une prise de sang au mâle au moment de l’échange, juste avant qu’il ne parte en mer, pour une cinquantaine de couples que nous suivons.


Femelles revenant de mer : elles sont tout propre !

Je trouve les Adélie moins beaux et majestueux que les empereurs, mais ils sont tellement drôles ! Il faut les voir avancer en se dandinant, glisser sur le ventre, se battre pour un caillou ou couver une coquille d’œuf quand ils ne se sont pas rendu compte que leur œuf était cassé… Ce sont de vrais petits teigneux, qui grognent, donnent des coups d'aileron et pincent quand on s’approche trop de leur nid. Rien de plus normal en même temps… ils sont chez eux !

Pour finir voici une photo destinée à se rendre compte de leur taille :) !


Les deux Marion au milieu des Adélie (photo K. Pierre)

Et voilà, sinon nous sommes désormais 5 hivernants de la TA60 à être arrivés en Terre Adélie ! Il y avait tout d’abord Marie, l’ornitho du programme de Chizé, Benjamin, le mécanicien-précision (le MéPré), ainsi que moi-même. Nous ont rejoints par avion Jean-Pierre le chef centrale et Claire, l’une des glaciologues. L’avion a ramené avec lui Laurence la chef de district (DisTA) et René-Pierre un campagnard d’été géologue. Le raid pour Concordia vient lui aussi de partir, emportant avec lui d’autres camarades. Les prochaines arrivées/départs seront pour R1. Moi qui ne suis pas physionomiste, je n’ai jamais eu à apprendre autant de prénom et de visages que sur les 3 derniers mois, et ça n’est pas fini !

Sinon nous vous remercions tous pour les nombreuses dédicaces la semaine dernière. En ce qui me concerne, entendre Brel, les Ogres ou Renan Luce à 9h du matin m’a donné du courage pour toute la journée :)! Comme elles n’ont pas pu toutes passer, une autre émission aura lieu cette semaine, avis aux retardataires…


Vue de la fenêtre de mon bureau : un bien curieux visiteur…

23 nov. 2009

En direct de DDU !

Peut-être pensez-vous qu’ici nous sommes coupés du reste du monde. Détrompez-vous ! Vous savez déjà que nous pouvons échanger des mails grâce à 4 connections satellites par jour. Les mails doivent faire moins de 50 Ko, mais des documents professionnels de plus grande taille peuvent parfois être envoyés ou reçus en ftp. Nous pouvons également envoyer et recevoir du courrier grâce à 5 rotations de bateau par an, au grand plaisir de nos amis les philatélistes. Certes, on est loin du passage quotidien du facteur, mais au moins on ne reçoit ni prospectus publicitaire, ni facture :) !

Il y a quelques années, il n’y avait pas d’échange de mails possibles, et les hivernants communiquaient via un fax hebdomadaire… Quelle avancée ! On a beau dire, il y a quand-même certains (j’ai bien dit certains) aspects de la mondialisation qui ont du bon…

Pour communiquer de façon plus rapide, nous disposons d’autre part d’une cabine téléphonique. Oui oui oui, vous avez bien lu ! Mais les tarifs sont dissuasifs (45 euros les 30 minutes, et ça décompte dès que ça sonne), communication par satellite oblige, et il faut choisir un jour peu venteux, sinon on risque de ne pas entendre grand-chose dans la cabine.

Pour être tenus au courant de l’information nationale et internationale, nous recevons tous les matins le 20 minutes ainsi que des dépêches AFP, qui sont imprimés et mis à disposition dans le séjour. Tout ça reste de l’information assez brute, que finalement peu de gens lisent, la page ayant le plus de succès étant celle des mots-croisés… Les premiers jours, je feuilletais le 20 minutes, mais on se sent vite déconnecté de l’extérieur, et les faits divers, histoires de grève, de réformes et autres actualités perdent de leur sens.

Voilà pour ce qui est de la communication avec l’extérieur ! Mais nous avons également des moyens de communication, hum, disons plus locaux ! Le téléphone et les mails fonctionnent en temps réel sur la base (et également entre DDU et Prudhomme). Chaque labo, atelier, chambre, salle de vie est équipé d'un téléphone. Un réseau relie d'autre part tous les ordinateurs et permet l'échange et la mise à disposition de nombreux documents de loisirs ou professionnels. Nous pouvons (et devons) également communiquer par radio lors des sorties sur la banquise, pour des raisons de sécurité.

Sinon nous avons aussi une radio à diffusion locale, baptisée « Skuarock ». La journée, une playlist aléatoire diffuse des musiques de toutes sortes, que nous pouvons écouter de partout dans la base. Parfois, des hivernants s’improvisent animateur radio et prennent l’antenne pour quelques heures… Mercredi matin une émission sera diffusée, alors avis aux amis d’hivernants / campagnards d’été, ou tout simplement aux amoureux de la Terre Adélie, DDU attend vos demandes de dédicaces ! Merci de me répondre via les commentaires ou sur ma boîte mail Ifremer :).

Voilà pour la communication, sans oublier bien sûr, le bouche à oreille. Dans un si petit groupe de personnes, tout se sait très vite ! Ce qui a ses avantages… et ses inconvénients !

Pas de photo cette fois-ci, je me rattraperai la prochaine fois en vous parlant de mes amis les manchots...

16 nov. 2009

Voilà l’été !

Eh oui, alors qu’en métropole vous voyez arriver l’hiver, ici c’est l’été qui pointe le bout de son nez. Rien à voir avec la canicule réunionnaise et les trombes d’eau qu’elle véhicule, les choses sont plus modestes… Ce samedi, nous avons pour la première fois dépassé les 0°C (0,5°C à 13h) ! Autant dire qu’au soleil, beaucoup étaient en t-shirt… Le soir, champagne pour fêter l’évènement ! Il régnait cet après-midi là une ambiance un peu particulière, un petit quelque chose flottant dans l’air, comme à l’écoute des premiers ronronnements de tondeuse au printemps... Revers de la médaille, la neige se met à fondre, ça dégouline, et la bonne odeur de fiente de manchot commence à se faire sentir sur l’île…


Berg se reflétant sur une fine pellicule d’eau

Le soleil se couche actuellement aux alentours de 21h45 et se lève vers 4h, mais il ne fait jamais complètement nuit. C’est un peu déstabilisant, ça ne donne pas envie de se coucher tôt ! L’épaisseur de la couche d’ozone fluctue d’un jour à l’autre (l’Antarctique est située en dessous du fameux « trou dans la couche d’ozone »), l’indice UV varie donc entre 5 et 10. Pour comparaison, en métropole on ne dépasse pas 8. Avec l’indice 10, en mettant de l’écran total toutes les heures, certains attrapent quand même des coups de soleil…

Sinon j’ai eu l’occasion il y a une semaine de faire une dernière sortie banquise sur la journée. Une formidable balade d’une quinzaine de km pour admirer des bergs à la glace translucide. Cela nous a donné l’occasion de voir des empereurs sortir de l’eau juste à côté de nous, et également d’observer d’assez près deux phoques crabiers, les premiers qu’il m’est donné d’observer. Ils sont beaucoup moins sympathiques que les phoques de Weddell !


Phoques crabier se prélassant


Berg en forme de vague

Après cette sortie, je me suis invitée avec un groupe se rendant à Prudhomme, à 7km de DDU, en courant. Drôle d’expérience… Cela m’a permis de visiter cette base. Située sur le continent, elle permet de préparer le convoi de véhicules à chenilles qui se rend à Concordia (la deuxième base française en Antarctique, située à l’intérieur du continent) plusieurs fois dans l’été pour acheminer matériel et personnel. Cette base est donc beaucoup plus petite, et moins éparpillée (un seul bâtiment vie). Comme le retour en courant ne me disait pas plus que ça, j’ai récupéré un véhicule (finalement, le stop marche aussi en Antarctique !) qui montait à D10. Il s’agit d’un point situé à 10 km de DDU, sur le continent, où une piste d’atterrissage artisanale est damée tous les ans. Là nous avons attendu l’arrivée de 2 avions australiens, venant faire une escale technique dans leur vol jusqu’à la base australienne de Casey. Ils ont mis une dizaine d’heures pour venir de Hobart ! Impressionnant de voir ces énormes engins se poser avec lenteur et délicatesse sur la glace.

Nous sommes pour l’instant 48 à vivre sur la base, mais l’effectif va fortement augmenter à l’arrivée de R1, vers mi-décembre. Trouver sa place n’est pas forcément facile. Certains hivernants de la précédente mission ont un peu de mal à accepter l’arrivée de leurs remplaçants, et l’ambiance peut parfois être pesante. Avec Marie, nous attendons donc l’arrivée du reste de la TA60 pour nous sentir totalement chez nous, et nous nous promettons de ne pas reproduire ce schéma dans un an, à l’arrivée de la TA61. Mais voilà une résolution peut-être plus facile à dire qu’à faire !

Nos suivis de manchots ont maintenant bien commencé. Le rythme de travail est donc passé à du 7 jours sur 7, finies les sorties banquises le dimanche ! Mais il reste encore les ballades le soir, avant que la débâcle ne rende la chose impossible… Je vous laisse donc sur ce joli crépuscule, qui dure chaque jour plusieurs heures, impossible à manquer !


Crépuscule sur la manchotière

6 nov. 2009

Première semaine à DDU

Voilà une semaine que nous sommes arrivés sur la base, mais le voyage me semble déjà très loin... Tout d’abord voici deux photos du vol en hélicoptère, qui donnent une petite idée du décor.


L’Astrolabe coincé dans les glaces


La banquise vue de l’hélicoptère

Voici également une photo de la base. En fait DDU se situe sur une île, l’île des pétrels, éloignée de quelques km du continent Antarctique. Actuellement, l’île est entourée de banquise, on peut donc se rendre à pied sur le continent ou sur les îles voisines. Mais bientôt la débâcle nous empêchera de quitter l’île, jusqu’à la reformation de la banquise l’hiver prochain. La base est constituée de plusieurs bâtiments reliés par des passerelles métalliques.


Base Dumont D’Urville vue du ciel

Les logements sont séparés en 2 bâtiments, le bâtiment 42, où je loge, et le dortoir été, situé à l’autre bout de l’île. Pour l’instant je partage une chambre avec Marie, la future hivernante ornitho. Les chambres sont assez petites, équipées de lits superposés, d’un bureau et d’une armoire, mais nous n’y sommes pas souvent.

Le lendemain de notre arrivée, le 30 octobre, nous avons subi notre première tempête, avec une rafale mesurée à 155 km/h ! Le vent soulevait la neige, ce qui rendait la visibilité très réduite, alors qu’il ne neigeait pas (cela s’appelle du chasse-neige). Très impressionnant ! Dans ce cas, il faut se tenir aux rambardes pour se rendre d’un bâtiment à l’autre. Comme je ne connais pas encore très bien la géographie de la base (et connaissant mon sens de l’orientation infaillible…), j’ai même failli me perdre en voulant me rendre à la gérance postale à quelques dizaines de mètres du bâtiment salon !

Dès le lendemain, je suis descendue à la manchotière (sur la banquise), pour faire connaissance avec les manchots empereurs… Magnifiques ! Ils sont très curieux. On les observe à distance, et si l’on reste immobiles, ils s’approchent très près … Les poussins sont grands, mais n’ont pas le même plumage que leurs parents, ils sont donc très facilement reconnaissables. Avec leurs ailerons qui traînent presque par terre, ils semblent vêtus d’un pull trop grand pour eux, trébuchent, sont maladroits, de vrais clowns ! Concernant les manchots Adélie, différentes colonies sont localisées partout sur l’île, même autour et sous les bâtiments. Ils sont très nombreux et très bruyants. Ce sont de petits teigneux dont je vous parlerai longuement…


Poussins empereurs et leurs parents


Première rencontre avec les empereurs

Dimanche, j’ai pu accompagner quelques hivernants de la TA59 lors d’une sortie banquise. Il faut en profiter avant la débâcle. C’était tout simplement magique. A cette époque de l’année, la banquise pullule de manchots Adélie, manchots empereurs et phoques de Weddell. Incroyable et irréel !


La banquise fourmillante de vie…

Pour ce qui est du travail, je prends mes marques à Biomar, le bâtiment regroupant les bureaux et labos des biologistes. Nos manipulations vont commencer d’ici quelques jours, le travail deviendra alors beaucoup plus dense.

Comme de tradition, un igloo a été creusé dans une congère peu avant l’arrivée de R0. La nuit dernière, avec la campagnarde d’été du programme sur lequel je travaille (qui s’appelle également Marion) et un météo de la TA59, nous avons dormi dans l’igloo, par environ -15°C. Il a fallu empiler les couches et récupérer des duvets corrects, mais nous avons passé une bonne nuit ! Bon, la prochaine fois je prendrai une cagoule et un deuxième bonnet, car j’ai eu un peu froid à la tête… Mais ce fut une excellente expérience !


Prête à dormir dans l’igloo

Voilà, les hivernants de la TA59 nous ont très bien accueillis, nous nous sommes tout de suite sentis chez nous. Nous sommes venus briser 8 mois d’isolement, et bousculer la routine qui s’était installée. En nous voyant, ils se revoient il y a un an, et de mon côté je m’imagine à leur place dans un an, c’est assez curieux comme sentiment.

J’ai maintenant une adresse e-mail, mdebin{at}ifrtpddu.ifremer.fr (en remplaçant {at} par @), mais les mails ne doivent pas dépasser 50 Ko (voici pourquoi les photos que je poste ne sont pas de très bonne qualité). On a 4 connections mail par satellite par jour (7h, 11h, 18h45, 23h), et en métropole il est 9h plus tôt qu’ici. Pfiuu, même au bout du monde on n’est pas coupé du monde, c’est fou ça !

Désormais, je reçois également les commentaires de ce blog, merci pour tout vos messages d’encouragement, qui font monter la température de quelques degrés :)!

29 oct. 2009

Arrivée à Dumont D’Urville


Canot de sauvetage du bateau et pack

Et voilà, le bateau, c’est fini ! Après 8 jours de mer et de glace, nous sommes enfin arrivés en Antarctique. Les 3 derniers jours ont été extraordinaires. Nous avons traversé toutes sortes de formations glacées : des petits glaçons, de grandes étendues de glace très fine, de la glace très épaisse, des gros blocs en désordre, des plaques en forme de moule à tarte, des icebergs… Du bleu, du blanc, du rose, du turquoise… J’imaginais un décor un peu monotone, mais en fait les paysages furent chaque jour différents. Les animaux sont également venus égailler le voyage : manchots Adélie et empereurs, phoques crabiers, orques, oiseaux… Autant les jours en mer nous ont semblés interminables, autant ceux dans la glace sont passés vite…



De la passerelle, vue sur l’avant du bateau



La température est rapidement tombée autour de -10°C, avec 50 km/h de vent environ. A l’abri du vent il fait bon, mais en plein vent il commence à faire frais ! Je retrouve avec plaisir les sensations québécoises, et le cérémonial avant de sortir dehors : sous-gants, gants, tour du cou, lunettes de soleil, bonnet…

L’aspect technique fut également passionnant. Il était possible de monter à la passerelle, là où le capitaine et le second dirigent le navire, et d’observer leurs manœuvres et les instruments de bord. Très instructif ! Parfois le bateau avançait facilement dans de la glace fine, de temps en temps il arrivait à trouver une rivière et progressait à toute allure, à d’autres moments il avançait péniblement dans de la glace épaisse avec de forts craquements, parfois encore il se retrouvait coincé par une zone de glace trop épaisse. Plusieurs possibilités alors : soit il reculait puis réavançait au même endroit avec de l’élan, soit il reculait puis essayait d’avancer juste à côté de la zone où il était bloqué, soit il faisait demi-tour pour changer de route et éviter toute cette zone.




Icebergs posés sur la banquise

Pour clore ce voyage, l’arrivée sur le continent Antarctique fut grandiose. Nous avons longé les glaciers du continent toute la soirée, jusqu’au coucher du soleil, avec un temps magnifique et plusieurs colonies de manchots Adélie évoluant près du bateau. Impossible de trouver les mots pour décrire un tel tableau. Une furieuse envie d’appuyer sur la touche pause. Le bateau s’est finalement arrêté dans la banquise à une petite centaine de kilomètres de la base, mercredi 28 octobre.





Nous avions fini par nous y habituer à ce bateau, à avoir une certaine routine et à beaucoup nous y plaire (surtout depuis l’arrivée dans les glaces, il est vrai). Par conséquent les sentiments sont partagés : heureux de bientôt découvrir la base et les colonies de manchots, mais déjà nostalgiques de ce fantastique voyage. Accessoirement aussi nous disons au revoir aux grasses matinées et journées à regarder les paysages, il va maintenant falloir travailler !


Fin de journée sur la banquise


Manchots Adélie fuyant à l’approche du bateau (continent antarctique en arrière plan)

Jeudi nous avons commencé le déchargement du bateau, grâce à deux hélicoptères effectuant des rotations entre le bateau et Dumont D’Urville (la base où je serai) ou Prud’homme (petite base située sur le continent, permettant de préparer le raid pour Concordia). Comme le veut la tradition, le premier hélicoptère a emporté avec lui le courrier (une dizaine de gros sacs !). Les manœuvres ont pris un peu de retard du fait d’ennuis mécaniques sur un hélicoptère. Je suis finalement partie en fin d’après-midi, et le vol a duré une petite heure. J’avoue ne pas m’être sentie très rassurée… Mais le survol de la banquise fut magnifique ! Que rêver de mieux pour un baptême d’hélicoptère ?

Donc voilà, enfin arrivée à ce qui sera ma maison pendant 15 mois, après un voyage de 11 jours !

P.S. (du frèrot) : de nombreuses photos ont été rajoutées dans les articles précédents.


Montage des hélicoptères

26 oct. 2009

Enfin dans les glaces !


Entrée dans le pack, il ne fait pas très beau !

Nous avons finalement été chanceux sur cette traversée, car nous n’avons traversé qu’une seule grosse perturbation, qui n’a pas duré très longtemps. Suffisamment longtemps tout-de-même pour comprendre à quel point ce bateau peut-être horrible par mauvais temps. La houle arrivant de face, le bateau décollait à chaque vague pour atterrir lourdement, et sur la couchette nous avions l’impression de nous envoler puis de nous enfoncer, ou d’être éjecté. Bref, un mauvais moment, on touche aux limites du patch, il n’y a plus qu’à rester couché et attendre que ça passe. De toute façon le pont inférieur est fermé car cela devient dangereux, dans le salon les chaises glissent d’un bout à l’autre de la pièce, et même sur les canapés il faut se retenir pour ne pas tomber, ce qui est vite fatiguant.


Trajet du bateau dans la glace


Les températures commencent à sérieusement baisser…

Hier soir, nous regardions un énième film au salon, quand le bateau est devenu étrangement tranquille, avec de temps en temps des chocs et de drôles de bruits… Vite, je me suis ruée sur le pont inférieur avant de transmettre la nouvelle : les premiers morceaux de glace !  Voilà qui signe le passage à la deuxième partie de la traversée. Chacun le vit différemment. Ce moment est synonyme de d’avantage de stress pour le capitaine qui doit éviter les icebergs trop gros, de soulagement pour ceux qui étaient malades et que nous n’avions pas vu depuis plusieurs jours, de routine pour ceux qui font régulièrement la traversée, et de fête pour les petits nouveaux dont je fais partie. J’ai donc passé l’essentiel de ce 6e jour en mer à l’extérieur, à profiter des fantastiques paysages. J’ai ainsi pu observer les premiers manchots Adélie, qui se reposent sur des morceaux de glace, et fuient à l’approche du bateau. Les pétrels géant et damiers du cap ont laissé la place aux pétrels antarctiques et pétrels des neiges. Nous sommes comme des enfants un matin de Noël. Emerveillés d’un rien, un oiseau, un morceau de glace turquoise, un iceberg plus gros que les autres, le craquement de la glace au passage du bateau… Une journée très émouvante en fait.


Avec mes camarades de cabine, en tenue IPEV


Vue sur l’avant du bateau

Il fait de plus en plus froid, même la température de l’eau est maintenant négatives. On ne sort plus dehors en polaire. J’ai donc déballé mon paquetage IPEV pour être un peu mieux équipée. Le temps est pour l’instant couvert, mais il faut néanmoins se méfier du soleil, la couche d’ozone étant très fine là où nous sommes. Preuve en sont les coups de soleils attrapés en à peine une heure de sieste sur le pont !


Ombre de l’Astrolabe sur la glace


Pont inférieur du bateau

Pour l’instant le bateau avance dans des rivières, zones ou le pack est naturellement peu dense. Mais le pack se densifie de plus en plus, et il faudra bientôt envoyer l’hélicoptère en reconnaissance, pour qu’il repère les zones les moins denses, où le bateau pourra passer. Si tout se passe bien, il nous reste encore 2 ou 3 jours de navigation, puis 2 jours pour décharger le bateau avec les allers-retours de l’hélicoptère. La connexion satellite du bateau ne permet pas d’envoyer de photos, j’en mettrai donc en ligne quand je serai arrivée à la base.





Je réalise peu à peu qu’il ne s’agit plus d’un de ces rêves que je faisais régulièrement, où au réveil la glace avait disparu, fausse joie récurrente. Là je sais que demain matin la glace sera toujours là, il fera juste un peu plus froid que la veille au soir, et je serai encore un peu plus près de la Terre Adélie. On dit parfois que quand un rêve se réalise, on est un peu déçu. Eh bien pour l’instant, la réalité surpasse le rêve. Pour la suite, on verra en temps voulu…


Manchots Adélie se dirigeant vers le continent antarctique,